La viticulture en Tunisie a une longue tradition qui a débuté dans l'antiquité comme dans beaucoup d'autres pays du bassin méditerranéen, grâce aux phéniciens et, dans ce cas spécifique, grâce aux Carthaginois. L'agronome Magon, qui vécut dans la Carthage phénicienne, nota dans son traité d’agronomie viticole, des pratiques qui sont toujours en vigueur de nos jours.

Pendant toute l'antiquité, Magon fut le maître vénéré de l'agronomie. Magon dut certainement tenir compte des caractéristiques climatiques et géomorphologiques de son pays. Pour les méthodes culturales suivies par les vignerons carthaginois, le traité de Magon fournit de précieuses indications.

"Démocrite et Magon recommandent l'exposition au Nord parce qu'ils pensent que les vignes tournées de ce côté sont les plus fécondes. En revanche, le vin qu 'elles produisent n'est pas de la meilleure qualité ". Les agronomes modernes rejoignent Magon. D'après lui, pour les vignes il faut d'abord creuser des fosses et les combler en partie de pierres afin de garantir aux racines la protection contre les eaux et le froid de l'hiver et contre la chaleur de l'été. Pour fortifier le plant, l'agronome recommandait l'usage des engrais et la pratique des amendements. Le marc de raisin mélangé à du fumier était considéré comme un excellent engrais, fournissant une chaleur opportune pendant la saison froide et provoquant la poussée de nouvelles radicelles; au cours de la saison chaude, le «marc-fumier» nourrit le plant et restitue au sol les éléments minéraux dont il se trouve dépourvu. Entre autres procédés culturaux, le vigneron carthaginois pratiquait «le déchaussage». Pour la taille de la vigne, Magon recommandait de procéder à cette opération pendant la saison des fleurs, mais avant que le sarment ne se mette à bourgeonner : au printemps, le sarment se trouve plein de sève, il est donc aisé de l'amputer par une plaie unie, la serpe ne rencontre alors aucune résistance.
À base de raisins secs
Cueillir du radin hâtif très mûr et en séparer les grains desséchés ou endommagés ; enfoncer en terre, à la distance de quatre pieds en tous sens, des fourches et des pieux afin qu'ils puissent soutenir des roseaux. Ces roseaux posés dessus, on y étendra les grappes au soleil et la nuit, on les couvrira de la rosée. Egrapper les grappes une fois séchées. Jeter les grains dans une cruche dans laquelle on versera d’excellent moût de façon que les grains en soient entièrement recouverts. Au sixième jour, mettre ces grains imbibés de moût dans un cabas et les faire passer au pressoir. Le vin tiré; verser sur le marc du moût très nouvellement fait avec du raisin séché au soleil, fouler ce marc. Bien mêlé dans ce moût, il sera pressé, on enfermera aussitôt le vin résultant de ces raisins secs dans des vases bien bouchés de peur qu'il ne devienne très dur. Au bout de vingt ou de trente jours, lorsqu'il aura cessé de bouillir, on le sur videra dans d’autres vases dont on enduira aussitôt les couvercles de plâtre et qu'on recouvrira d'une peau.

À base de muscat séché
Cueillir des grappes de muscat séchées non endommagées, les nettoyer des grains pourris. Suspendre les grappes en l'air sur des perches qui doivent toujours être au soleil. Egrapper Les grappes quand elles seront suffisamment flétries, jeter les grains dans une futaille et les fouler aux pieds.
Quand on aura fait un lit en les foulant, on arrosera ce lit de vieux vin; fouler à nouveau et les arroser encore de vin. On les foulera une troisième fois et on versera du vin par dessus jusqu'à ce qu'ils surnagent; les laisser dans ce vin pendant cinq jours. Ensuite on les foulera aux pieds et on les pressurera dans un cabas neuf.